Un client te propose un gros projet. Trop gros pour toi seul, alors tu hésites entre refuser et appeler un autre indépendant à la rescousse.
Dans l’autre sens, une agence te propose des missions régulières pour ses propres clients, moins bien payées qu’en direct mais sans une minute de prospection.
Dans les deux cas, c’est de la sous-traitance. Pour un auto-entrepreneur, elle peut être une vraie bouffée d’air, à condition de connaître un piège que beaucoup découvrent trop tard, au moment de déclarer leur chiffre d’affaires.
Lequel ? On y vient.
📋 En bref : La sous-traitance, c’est confier à une autre entreprise une partie du travail dont tu restes responsable devant ton client. En micro-entreprise, tu ne peux pas déduire ce que tu paies à ton sous-traitant : tout ton chiffre d’affaires encaissé compte pour les cotisations, l’impôt et les plafonds (83 600 € pour les prestations de services en 2026). Côté sous-traitant, c’est un bon moyen de remplir ton planning, à condition de ne pas dépendre d’un seul donneur d’ordre.
La sous-traitance, en clair

Une entreprise, le donneur d’ordre, confie à une autre entreprise, le sous-traitant, une partie de la production ou des services qu’elle doit à son client. Le point qui compte : vis-à-vis du client final, c’est le donneur d’ordre qui reste responsable. Si le sous-traitant rate son travail, c’est toi qui en réponds si tu es le donneur d’ordre, quitte à te retourner ensuite contre lui.
En tant qu’auto-entrepreneur, tu peux occuper les deux places :
- sous-traitant, quand une agence, une ESN ou une entreprise du bâtiment te confie une partie de ses chantiers ou de ses missions (à ne pas confondre avec le rôle d’apporteur d’affaires dans le bâtiment, qui se contente de mettre en relation),
- donneur d’ordre, quand tu confies à un autre indépendant une partie du travail que ton client t’a commandé.
Les avantages et les risques ne sont pas les mêmes. On commence par le cas le plus fréquent.
Quand tu es sous-traitant : les vrais avantages

Un planning qui se remplit sans prospecter
C’est l’argument numéro un. Trouver des clients prend un temps fou quand tu commences à travailler en freelance, et ce temps n’est pas payé. Une agence ou une entreprise qui te confie des missions régulières fait ce travail à ta place. Tu factures moins cher qu’en direct, c’est vrai. Mais tu factures plus souvent.
Des projets que tu n’aurais jamais eus seul
Un grand compte ne signe pas avec un indépendant inconnu. Il signe avec une agence, qui elle te fait travailler. Résultat, tu mets sur ton CV des projets que tu n’aurais jamais pu décrocher en direct, et ça sert pour la suite.
Un réseau qui travaille pour toi
Chaque donneur d’ordre satisfait parle de toi à d’autres. Dans beaucoup de métiers, une bonne partie du travail circule par ce bouche-à-oreille entre professionnels, bien avant d’apparaître sur une plateforme. Tu peux même aller plus loin et nouer un vrai partenariat commercial avec tes donneurs d’ordre réguliers.
Ne brade pas ton tarif
L’agence va te proposer son prix. Avant de dire oui, refais le calcul à l’envers : ce tarif, une fois tes cotisations payées, te laisse-t-il un revenu horaire correct ? Une remise sur ton tarif direct est logique, puisque l’agence porte la prospection et la relation client. Une remise qui te fait travailler à perte, non.
Et un prix trop bas accepté au début te colle à la peau. Rares sont les donneurs d’ordre qui le remontent d’eux-mêmes.
Les risques quand tu es sous-traitant
Le premier risque, c’est la dépendance. Une agence qui représente 80 % de ton chiffre d’affaires peut te couper les vivres du jour au lendemain. Elle peut aussi te dicter ses prix, parce qu’elle sait que tu ne peux pas dire non.
Le second risque est plus sournois. Si ton unique donneur d’ordre fixe tes horaires, te donne des ordres comme à un salarié et contrôle ton travail au quotidien, la relation peut être requalifiée en contrat de travail. C’est surtout un risque pour lui, mais ça finit rarement bien pour personne.
Ma règle : aucun client, sous-traitance comprise, ne devrait peser plus de la moitié de ton activité. Aucune loi ne l’impose. C’est du bon sens. Si c’est déjà le cas, prends le temps de chercher un deuxième donneur d’ordre avant d’en avoir besoin.
Côté papiers, prévois aussi ton attestation de vigilance. Pour tout contrat d’au moins 5 000 € HT, ton donneur d’ordre doit te la demander à la signature, puis tous les six mois tant que dure la mission. Elle prouve que tu es à jour de tes déclarations et de tes cotisations auprès de l’Urssaf. S’il ne la demande pas, il peut être tenu solidairement de payer tes dettes sociales, donc un donneur d’ordre sérieux ne l’oubliera pas.
Quand tu sous-traites : le piège fiscal de la micro-entreprise

C’est là que beaucoup d’auto-entrepreneurs se font avoir.
En micro-entreprise, tu ne déduis aucune charge réelle. L’administration applique un abattement forfaitaire sur ton chiffre d’affaires pour l’impôt : 71 % pour la vente de marchandises, 50 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales, 34 % pour les professions libérales. Et tes cotisations sociales sont calculées sur ton chiffre d’affaires encaissé, sans rien retrancher.
Prenons un exemple simple. Ton client te paie 10 000 € pour un projet. Tu en sous-traites la moitié à un autre indépendant, que tu paies 5 000 €. Dans ta tête, tu as gagné 5 000 €. Pour l’Urssaf et les impôts, tu as encaissé 10 000 €, et c’est sur cette somme que tu paies.
Ce n’est pas tout. Ces 10 000 € comptent aussi pour les plafonds de la micro-entreprise. En 2026, ils sont de 83 600 € pour les prestations de services et de 203 100 € pour le commerce. Si tu sous-traites beaucoup, tu peux les dépasser alors que ton revenu réel reste modeste. Et au-delà de deux années consécutives de dépassement, tu bascules au régime réel.
| Situation | Ce que tu encaisses | Ce que tu reverses au sous-traitant | Base de tes cotisations |
|---|---|---|---|
| Projet fait seul | 10 000 € | 0 € | 10 000 € |
| Projet sous-traité à moitié | 10 000 € | 5 000 € | 10 000 € |
Le tableau parle tout seul. Pour la même base de cotisations, il te reste deux fois moins dans la poche.
Alors, faut-il ne jamais sous-traiter en micro ? Non. Ça reste rentable si ta marge sur la partie sous-traitée couvre largement les cotisations que tu paies dessus, ou si c’est ponctuel pour garder un gros client. Mais si la sous-traitance devient une habitude, parle-en à un expert-comptable. Le régime réel, ou une société, peut devenir plus intéressant.
Bien encadrer une sous-traitance
Que tu sois d’un côté ou de l’autre, un écrit t’évitera bien des disputes. Pour une petite mission, un devis signé peut suffire, mais pour une relation régulière, mieux vaut un contrat de sous-traitance qui précise au minimum :
- la mission exacte et le prix,
- les délais et les pénalités de retard,
- la façon dont le travail est contrôlé et réceptionné,
- la confidentialité et la propriété intellectuelle de ce qui est produit,
- le tribunal compétent en cas de litige.
La propriété intellectuelle est souvent oubliée. Si tu crées un logo, un texte ou du code en sous-traitance, qui en détient les droits ? Si le contrat ne dit rien, la question reviendra au pire moment.

Et si tu sous-traites à ton tour, choisis bien, parce que ton client ne connaît que toi et ne fera pas la différence. Une erreur de ton sous-traitant, c’est ta réputation qui prend. Commence par une petite mission test avant de confier un gros morceau, et garde un œil sur le travail rendu. Dans le bâtiment, les critères qu’un particulier utilise pour choisir une entreprise de rénovation (assurances, références, devis détaillé) valent aussi pour ton sous-traitant.
Sous-traitance, freelance, externalisation : bien choisir
La sous-traitance n’est qu’une façon de travailler à plusieurs. Si tu veux simplement déléguer des tâches à faible valeur, comme la saisie ou l’administratif, lis notre article sur l’externalisation de la saisie informatique.
Bref, la sous-traitance est un bon outil. Côté sous-traitant, elle remplit ton planning si tu gardes plusieurs donneurs d’ordre. Côté donneur d’ordre, elle te permet de dire oui aux gros projets, à condition d’avoir fait le calcul avant. Prends dix minutes pour le faire sur ton prochain devis.
Un auto-entrepreneur peut-il être sous-traitant ?
Oui, rien ne l’interdit. Tu peux réaliser une partie des missions d’une agence ou d’une entreprise, à condition de rester indépendant dans ta façon de travailler. Si ton donneur d’ordre te traite comme un salarié, la relation risque d’être requalifiée en contrat de travail.
Un auto-entrepreneur peut-il sous-traiter une partie de son travail ?
Oui. Mais en micro-entreprise, les sommes versées à ton sous-traitant ne sont pas déductibles. Tes cotisations et ton impôt sont calculés sur la totalité de ton chiffre d’affaires encaissé, ce qui peut rendre l’opération peu rentable.
Qu’est-ce que l’attestation de vigilance ?
C’est un document de l’Urssaf qui prouve que tu es à jour de tes déclarations et de tes cotisations. Pour un contrat d’au moins 5 000 € HT, le donneur d’ordre doit la demander à la signature, puis tous les six mois jusqu’à la fin de la mission.
La sous-traitance compte-t-elle dans le plafond de la micro-entreprise ?
Oui, tout ce que tu encaisses compte, y compris la part que tu reverses à un sous-traitant. En 2026, le plafond est de 83 600 € pour les prestations de services et de 203 100 € pour le commerce.




