Tu veux te lancer seul, mais la micro-entreprise te paraît trop étroite. Plafond de chiffre d’affaires, image auprès des gros clients, envie de protéger ton patrimoine. Et tout le monde autour de toi te répète le même mot : SASU.
Bon choix ? Souvent, oui.
Mais pas pour les raisons qu’on lit partout. Beaucoup d’articles affirment encore que le président de SASU est travailleur non salarié et cotise au forfait. C’est faux, et cette erreur peut fausser tout ton calcul de rémunération.
Voilà comment la SASU fonctionne vraiment en 2026.
📋 En bref : La SASU est une SAS à associé unique : capital libre dès 1 €, responsabilité limitée à tes apports, et tu prends seul toutes les décisions. Son président est assimilé salarié, donc affilié au régime général, mais sans assurance chômage. La société paie l’IS à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice si elle remplit les conditions, puis 25 %. Tes dividendes sont taxés à 31,4 % au prélèvement forfaitaire unique en 2026, sans cotisations sociales.
La SASU, c’est quoi exactement ?

La SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) n’est pas une forme à part. C’est une SAS avec un seul associé. Les règles de fond sont donc celles de la SAS classique, adaptées au fait que tu es tout seul autour de la table.
L’associé unique peut être une personne physique (toi) ou une personne morale. Une autre société, donc, par exemple une holding que tu possèdes déjà et qui veut lancer une nouvelle activité sans mélanger les risques.
Et le jour où tu fais entrer un associé, ta SASU devient une SAS. Pas besoin de changer de forme ni de tout réécrire, seulement d’adapter tes statuts à la vie à plusieurs.
Capital, apports et responsabilité
Le capital minimum est de 1 €. Pour les apports en argent, tu dois en verser au moins 50 % à la création, le reste dans les 5 ans.
Franchement, ne descends pas à 1 €. Un capital symbolique fait tiquer ton banquier et tes premiers clients, et il ne couvre aucune dépense de démarrage. En plus, le taux réduit d’impôt sur les sociétés suppose un capital entièrement versé : si tu n’en verses que la moitié, tu risques de payer 25 % dès le premier euro de bénéfice.
Côté responsabilité, tu n’es engagé qu’à hauteur de tes apports. Si la SASU fait faillite, ses dettes restent les siennes. Ta maison, ton épargne et ta voiture ne servent pas à rembourser ses fournisseurs. Sauf deux cas classiques : une faute de gestion grave, ou une caution personnelle que tu aurais signée pour un prêt. Et les banques la demandent souvent pour un premier prêt.
Qui dirige et qui décide ?
La SASU doit avoir un président. Le plus souvent, c’est toi. Mais ce peut aussi être un tiers, par exemple si tu veux garder la propriété de ta boîte tout en confiant la gestion quotidienne à quelqu’un qui a plus de bouteille que toi sur le terrain.
Le président gère au quotidien et représente la société face aux clients, aux banques et à l’administration, ce qui veut dire que c’est sa signature qui engage la SASU sur un contrat, un bail ou un emprunt.
En tant qu’associé unique, tu détiens aussi tous les pouvoirs normalement réservés à l’assemblée des associés : approuver les comptes, modifier les statuts, augmenter le capital. Ces décisions ne se prennent pas sur un coin de table. Elles doivent être consignées dans un registre spécial. C’est un vrai document à tenir, pas une formalité qu’on rattrape la veille d’un contrôle.
Le régime social du président : assimilé salarié

C’est le point où les vieux articles se trompent le plus. Le président de SASU rémunéré pour son mandat est assimilé salarié. Il est affilié au régime général de la Sécurité sociale, comme un salarié, pour la maladie et la retraite.
Deux conséquences concrètes.
D’abord, la protection est bonne, mais elle coûte cher en cotisations sur chaque euro de salaire. Ensuite, et c’est le point qui fâche : pas d’assurance chômage au titre du mandat. Si ta SASU s’arrête, tu ne touches rien à ce titre.
Et si tu ne te verses pas de salaire ? Pas de cotisations, mais pas de droits non plus. C’est un choix qui se tient au démarrage, surtout si tu as encore des droits au chômage d’un ancien emploi salarié. Mais il faut l’assumer en connaissance de cause.
Fiscalité : IS, salaire et dividendes
Par défaut, la SASU paie l’impôt sur les sociétés.
| Élément | Règle 2026 |
|---|---|
| IS sur les bénéfices jusqu’à 42 500 € | 15 % si CA ≤ 10 M€, capital entièrement versé et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques |
| IS au-delà | 25 % |
| Ton salaire de président | Déductible pour la SASU, imposé chez toi comme un salaire (abattement de 10 % ou frais réels) |
| Tes dividendes | 31,4 % au prélèvement forfaitaire unique (12,8 % d’impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux), ou barème après abattement de 40 % |
| Cotisations sur les dividendes | Aucune |
Ce dernier point explique pourquoi tant de présidents de SASU se versent un petit salaire et le reste en dividendes. Sur 10 000 € de dividendes au prélèvement forfaitaire, il te reste 6 860 €. Mais attention, un dividende ne t’ouvre aucun droit retraite. Le bon dosage salaire et dividendes dépend de ton revenu, de ton âge et de ta famille. C’est typiquement le calcul qu’un expert-comptable fait mieux que toi la première année.
Une SASU de moins de 5 ans peut aussi opter pour l’impôt sur le revenu, sous conditions (moins de 50 salariés, chiffre d’affaires ou total de bilan sous 10 M€, répartition du capital et des droits de vote). L’option vaut 5 exercices et ne se renouvelle pas.
💡 Le saviez-vous ? Depuis le 1er janvier 2026, l’Acre (l’exonération partielle de cotisations au démarrage) n’est plus automatique. Si tu y as droit, par exemple comme demandeur d’emploi, tu dois la demander à l’Urssaf dans les 60 jours qui suivent le début de ton activité.
Les obligations à ne pas négliger

La souplesse de la SASU ne veut pas dire zéro paperasse. Loin de là. Compte au minimum sur :
- des statuts rédigés avec soin, même seul. Ils servent le jour où tu fais entrer un associé ou un investisseur.
- le dépôt du capital sur un compte au nom de la société en formation.
- une annonce légale de constitution, au forfait de 142 € HT en métropole en 2026. Tout le détail dans notre guide pour publier ton annonce légale.
- une comptabilité complète et des comptes annuels à approuver chaque année.
- le registre des décisions de l’associé unique.
SASU ou micro-entreprise : le vrai arbitrage
La SASU a du sens si tu vises un chiffre d’affaires que la micro-entreprise ne supportera pas, si tu veux des dividendes ou faire entrer un associé plus tard, ou si tes clients exigent une société. C’est aussi un choix courant chez les chauffeurs qui veulent devenir taxi avec leur carte pro et leur licence tout en se versant un salaire. Elle en a moins si tu veux tester une idée à petit budget. Dans ce cas, la micro-entreprise reste plus légère, et tu pourras passer en société plus tard.
Autre paramètre à poser sur la table : tes droits au chômage. Si tu es indemnisé par France Travail, tu peux garder une partie de tes allocations pendant le démarrage, ou demander l’ARCE, qui te verse 60 % de tes droits restants en capital, en deux fois. Les deux options ne donnent pas le même résultat selon que tu te verses un salaire ou non, donc fais la simulation avant de signer tes statuts.
Et si tu hésites avec une EURL, compare les deux régimes sociaux avant de choisir, parce que le gérant associé unique d’EURL relève du régime des indépendants, pas du régime général. Notre guide de la SARL pose les bases.
Bref. La SASU est un excellent outil pour l’entrepreneur solo qui voit grand, à condition de savoir dès le départ comment tu vas te payer et ce que tu acceptes de ne pas couvrir. Pose tes chiffres, fais-les relire par un pro, et choisis en sachant ce que tu achètes : une protection sociale de salarié, sans le filet du chômage.
Le président de SASU est-il salarié ?
Non, il est assimilé salarié. Il est affilié au régime général pour la maladie et la retraite comme un salarié, mais il n’a pas droit à l’assurance chômage au titre de son mandat.
Quel capital minimum pour une SASU ?
1 € suffit légalement. Pour les apports en argent, tu dois verser au moins 50 % à la création et le reste dans les 5 ans. Garde en tête que le taux d’IS à 15 % suppose un capital entièrement versé.
Comment se rémunérer en SASU ?
Par un salaire de président, soumis à cotisations et déductible pour la société, et/ou par des dividendes. En 2026, les dividendes sont taxés à 31,4 % au prélèvement forfaitaire unique, sans cotisations sociales, mais ils n’ouvrent aucun droit retraite.
Combien coûte l’annonce légale d’une SASU ?
En 2026, l’annonce de constitution d’une SASU coûte 142 € HT en métropole. C’est un forfait fixé par arrêté, identique chez tous les journaux habilités du département.
Peut-on transformer une SASU en SAS ?
Oui, et c’est simple : dès qu’un deuxième associé entre au capital, ta SASU devient une SAS. Il faut surtout adapter tes statuts aux règles de décision à plusieurs.




